Julien Chanoine

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Charles Paul Louis dit Julien Chanoine est un officier français. Né à Paris en 1870, mort à Mayjirgui (Soudan Central, aujourd'hui au Niger) le 16 juillet 1899, il est le fils aîné du général Jules Chanoine, qui fut Ministre de la Guerre en 1898.

Sommaire

[modifier] Un début de carrière prometteur

Julien Chanoine fait Saint-Cyr (1888-1890, promotion du Grand Triomphe) et opte pour la cavalerie.

Volontaire pour le Soudan, il embarque en 1895 ; se distinguant au sein de la colonne du Dakol et au combat de Sangha en particulier (juin 1896), il est inscrit d’office au tableau d’avancement de capitaine de 1896.

Second du lieutenant Paul Voulet, il s’illustre dans la pacification du Mossi (juillet 1896 à février 1897 ; conquête de Ouagadougou le 1er septembre 1896) et, seul, du Gourounsi (mars à avril 1897).

A cette occasion, il effectue de très nombreux relevés et travaux topographiques (cette région est alors inexplorée) qui lui valent des concerts d'éloges et plusieurs prix de sociétés de géographie.

Il est également nommé chevalier de la Légion d'honneur et reçoit les palmes académiques.

[modifier] La colonne Voulet - Chanoine

En 1898, avec le capitaine Paul Voulet dont il est toujours le second, il met sur pied la mission Afrique centrale qui a pour objectif de rejoindre par l’ouest le lac Tchad où doit s’opérer la jonction avec les missions Foureau – Lamy (venant du sud algérien) et Gentil (par le Congo et le Chari).

Mais les moyens accordés ne sont pas à la hauteur des exigences de la mission. Aussi ses chefs se débrouillent-ils pour les étoffer avec les moyens du bord. Ils renforcent leur colonne en recrutant de nombreux auxiliaires tout en comptant vivre sur le pays, pratique courante au Soudan. Or, à l’est du fleuve Niger, le contexte est totalement différent et ne permet pas de recourir à de tels expédients ; les populations rencontrées sont alors pressurées, avec, en cas de résistance, recours à la manière forte.

Les rumeurs d’exactions multipliées et aggravées arrivant jusqu’au ministère des colonies, celui-ci demande l’ouverture d’une enquête ; en fin de séjour au Soudan, le lieutenant-colonel Arsène Klobb, de passage à Kayes, est désigné pour remplir cette tâche.

À marches forcées, il réussit à rejoindre la colonne Voulet – Chanoine. Les circonstances de la rencontre demeurent encore mal éclaircies, mais, le 14 juillet 1899, Voulet fait ouvrir le feu et le lieutenant-colonel Klobb est tué, après que les deux capitaines ont momentanément écarté les autres officiers. Les deux chefs de la mission sont, selon la version officielle, eux-mêmes abattus par leurs propres troupes et inhumés sur place.

[modifier] Rebondissement

A la suite du décès officiel des deux capitaines, l'affaire de la mission Voulet-Chanoine semblait être bel et bien finie. Elle connut cependant un rebondissement lorsqu'en 1923, un jeune administrateur colonial, Robert Delavignette, fit ouvrir les tombes: il les trouva vides...

Les deux chefs de la mission auraient-ils été épargnés?

Certaines sources prétendent que Chanoine aurait pu fuir avec une poignée de spahis, et serait devenu le fameux et mystérieux émir blanc du Tibesti qui, en 1916 et 1917, a permis que les tribus touareg ne se soulèvent pas et que ces contrées restent ainsi sous l’influence de la France ; l’émir serait mort en 1921.

Le mystère demeure toujours...

[modifier] Bibliographie

- Fonds du Service historique de l’armée de terre.

- Capitaine CHANOINE, Itinéraire de la mission du Tchad, Société de géographie, 184 boulevard Saint Germain, Paris, 1899.

- Général CHANOINE, L’expansion française dans l’Afrique centrale — Correspondance du capitaine Chanoine pendant l’expédition du Mossi et du Gourounsi et correspondance de la mission Afrique centrale.

- Général MEYNIER, Les conquérants du Tchad. 1923.

- Général JOALLAND, Le drame de Dankori. 1930.

- Mme KLOBB, Un drame colonial — A la recherche de Voulet — Mission Klobb-Meynier. Nlles éditions Argo, 1931 (*).

- DELAVIGNETTE (Robert), Soudan, Paris, Bougogne. Grasset, 1935, in-12°, 248 p.

- CONRAD (Joseph), Au cœur des ténèbres.

- GUILLOT (René), Le blanc qui s’était fait nègre . SFELT, Paris, 1946.

- MEYNIER (Octave), Mission Joalland-Meynier. Edition de l’empire français (Collection les grandes missions coloniales), Paris 1947.

- Mme Muriel MATHIEU, thèse de doctorat soutenue à l’université de Toulouse-Mirail, 1975.

- ROLLAND (Jacques-Francis), Le grand capitaine. Grasset, 1976.

- BRUNSCHWIG (Henri), L’Afrique Noire au temps de l’empire français. Denoël, 1988.

- M. TOUROT, La griffe du destin. La pensée universelle, 1993.

- Mission Afrique centrale. L’Harmattan, 1995.

- Merlet, Annie, Barth, Henri et Monteil, Parfait-Louis, Textes anciens sur le Burkina (1853-1897) . Editions Découvertes du Burkina, 1995, 290 p.

- Simoën, Jean-Claude, Les fils de roi. J.C. Lattès, 1996.

- Girard, Patrick, La Soudanite. Le livre de poche, Calmann-Lévy, 2002.

- SAINT-MICHEL (Serge) et LE HONZEC (René), Les bâtisseurs d’empire. Histoire des troupes de marine, t. II, p. 26-27.

- MOATI (Serge) et LAURENT (Yves), Capitaines des ténèbres. Librairie Fayard, 2006. ISBN 2213626103

- CARLIER (Marc), « La mission Voulet-Chanoine », dans L’Ancre d’Or Bazeilles, n° 352 mai – juin 2006, p. 46-47.

[modifier] Filmographie

- Capitaines des ténèbres, de Serge Moati, diffusé le 28 avril 2006 sur Arte ainsi que les 19 et 29 mars 2007 sur TV5MONDE.

- Blancs de mémoire, documentaire de Manuel Gasquet (2004), qui recherche les traces du passage de la mission encore présentes dans les populations du Niger.

[modifier] Liens

Mission Voulet-Chanoine